Il est plus désirable de cultiver le respect du bien que le respect de la loi - Henry David Thoreau
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Extraits de livres

QUI A PEUR DE L’ISLAM!
LA DEMOCRATIE EST-ELLE SOLUBLE DANS L’ISLAM ?
Editions Michalon 8 mars 2004, 140 pages, 12 euros

Huit siècles
Quelles que soient les allégeances, essayez de dire à un musulman que, peut-être, le Coran n’est pas la parole de Dieu, essayez de lui dire qu’il n’est pas évident, si même Dieu existe, qu’il parle l’arabe littéraire sans le moindre accent étranger ou le moindre défaut de syntaxe. Essayez même simplement de lui rappeler que le Coran a été mis sous forme écrite trois décennies après la mort du Prophète et qu’après tout peut-être, il a été écrit par les hommes. Laissez mijoter trois minutes. Ecoutez monter les cris gutturaux.

Quelles que soient les acceptions, essayez de dire à un musulman que les hadith sont divers, parfois très contradictoires et que, comme le Coran, ils sont sujets à caution et devraient être examinés d’un oeil froid, lucide, agnostique, sceptique, ironique peut-être. Inutile de laisser mijoter. Si vous courez assez vite, vous n’entendrez que les cris gutturaux, mais pas les imprécations ou les insultes...


La vérité oblige à dire que depuis huit siècles au moins, on répète en terre d’islam les mêmes textes, les mêmes interprétations, à peu de différences et de nuances près. La vérité oblige à dire que la raison et la création ont été laissées dans le placard fermé à clé où on range les accessoires inutiles et dangereux, et qu’ils y gisent en compagnie de l’esprit d’initiative et de l’individualité. Pour faire bonne mesure, ajoutez l’esprit de responsabilité, avant de fermer la porte à double ou à triple tour.

Huit siècles, c’est long.

Huit siècles, quand cela vous arrive en plein visage, cela vous confronte à des décisions que vous prenez nécessairement à la hâte et le déséquilibre. Nationalisme, république, retour aux sources?...

Huit siècles de retard si on les voit vraiment comme des siècles de retard, voire des siècles de déclin, c’est angoissant. On peut, en conséquence, essayer de les voir comme autre chose que des siècles de retard, voire des siècles de déclin...

On peut parler de siècles de conspiration contre l’islam dont celui-ci serait en passe de se délivrer, de siècles d’une oppression qui se briserait enfin...

On a la fierté. On l’a eue tout au long du temps. On n’a pas de leçons à prendre ailleurs! On a tout, tout vous dis-je, puisqu’on dispose de l’ultime vérité révélée.

L’islam est pluriel, oui...

Il ne se résume pas à l’islamisme, non...

Il y a les islams traditionnels, mystiques, en retrait du monde...

Il y a, balbutiantes, très minoritaires, quelques voix qui parlent de modernité nécessaire. Avec beaucoup de prudence. Un mauvais coup est si vite arrivé.

Il y a le réveil brutal de l’islam qui prend la forme de l’islamisme, ou islam militant1 .

Tous les musulmans ne sont pas islamistes, non.
Mais, comment le nier, comment ne pas le dire, comment ne pas reconnaitre cette évidence : tous les islamistes sont musulmans...



Quasiment tous les terroristes
Il y a des intégristes ou des fondamentalistes dans toutes les religions, mais, comment ne pas le dire encore, seules les franges militantes de l’islam peuvent en venir à une violence qui prend la forme d’attentats-suicides.

Quasiment tous les terroristes qui agissent au nom d’une religion agissent au nom de l’islam.

Nous sommes dans une ère de relativisme où une mode cloacale consiste à dire que tout s’équivaut, je sais... Mais qui pourrait oser sérieusement comparer les débordements très regrettables, et parfois meurtriers, de chrétiens ultras luttant contre l’avortement au fait de faire exploser avec soi deux cent kilos de TNT devant une synagogue pleine d’enfants. Allons...

Tous les islamistes sont musulmans, et c’est, je l’affirme, difficile, très difficile pour un musulman de dire à un autre musulman qu’il se trompe, voire qu’il se conduit comme une gouape ou un criminel. C’est difficile, très difficile, pour ne pas dire impossible, d’exclure de la communauté des croyants quelqu’un qui s’en réclame et qui se dit pieux.
Devant l’étranger, l’infidèle, on peut dire que ceux qui font cela ne sont pas des musulmans... Takyia, disait-on autrefois chez les chiites : ne pas clamer la vérité devant l’ennemi. Mentir éventuellement, si c’est pour Dieu..
Devant l’étranger, l’infidèle, on peut dire que ceux qui font cela “ne sont pas des musulmans”, non. Et on ne se prive pas de le faire... On peut même dire, comme l’affirment, la main sur le coeur, tant de chefs d’Etat occidentaux, que l’islam est une “religion de paix”.

Certains musulmans le croient, sincèrement, je sais...

Certains musulmans écoutent des imams, rares, qui sont de vrais modérés, et qui font des efforts admirables pour disséminer la modération. J’en connais.

Certains musulmans, qui n’ont jamais lu le Livre, sont authentiquement stupéfaits aussi, cloués sur place quand vous leur citez certains versets du Coran, et ils vous rétorquent en général que votre traduction n’est pas la bonne2 .

C’est si difficile de traduire le Coran, dit la rumeur. Et d’ailleurs : peut-on traduire le Coran.... Dieu l’a dicté en arabe, dit le Coran lui-même, et traduire, n’est-ce pas trahir déjà? C’est ce qui se murmure souvent alentour des mosquées....

D’autres musulmans, eux, lisent le Coran, dans la version originale des années 650.

Certains d’entre ces musulmans peuvent, avec des efforts, essayer de prendre leur distance avec le texte. Essayer seulement... Essayer s’ils sont en Occident....

Peuvent-ils essayer ailleurs qu’en Occident?... Posez-vous la question. Répondez-y en regardant le monde.
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CE QUE VEUT BUSH
LA RECOMPOSITION DU MONDE
Editions La Martinière, mai 2003, 400 pages, 17 euros

Bien, mal
Certaines situations extrêmes ne peuvent que mettre au jour l’inanité suicidaire du relativisme, et rappeler à la nécessité de disposer de repères minimaux et essentiels...

Le bien: ce qui grandit l’homme et lui offre l’épanouissement, la fécondité, la liberté...

Le mal: ce qui nie l’homme et cherche la destruction, la stérilité, la servitude...

L’une des retombées essentielles du 11 septembre 2001 est qu’on peut à nouveau discerner assez clairement l’absolue, la vitale nécessité de voir où se trouve le bien et où se trouve le mal.

Dans certains cercles et certaines contrées, bien sûr, pour brouiller la vue et ne pas discerner, on persiste dans le relativisme, et on, essaie obstinément de dire que tout est dans tout, et que rien n’est dans rien...

Une décennie après la chute du communisme, l’américanisation du monde avance, mais avance aussi son envers noir, vert moisissure, et rouge sang. Entre l’une et l’autre, cette zone déclinante, grisâtre, vieillie...

L’américanisation du monde dissémine la prospérité et un capitalisme démocratique qui vient bouleverser tous les ordres établis. Et se disséminent en face divers nœuds de crispation, de haine, de misère, de fanatisme.
Entre l’une et les autres, cette zone où l’on craint le bouleversement et où l’on tremble devant les crispations...

Danger principal
Le danger principal de l’avenir tient à l’évidence à l’islamisme radical. Et ce danger a une dimension et un fonctionnement très différent des dangers que nous avons connu auparavant.

Le communisme fonctionnait comme une anti-église, pour reprendre l’expression de l’historien anglais Hugh Thomas11 , et il est rare qu’une anti-église suscite autant de ferveur chez ses adeptes qu’une église proposant une croyance en Dieu. L’islamisme s’appuie sur une église, ou plus exactement sur une religion qui n’a pas véritablement de clergé (sauf chez les chiites), et sur des croyants chez qui il recrute ses militants.

Le communisme recourait éventuellement au terrorisme, mais les terroristes du communisme n’étaient, en général, pas prêts à sacrifier leur propre vie. Le paradis d’Allah semble plus fiable et plus riche de promesses que le paradis de Lénine....

Le communisme s’appuyait sur des états prédateurs, tentaculaires, sur-armés. L’islamisme, tout en s’appuyant sur des états, trouve surtout en ceux-ci des bases-arrière transitoires et peut passer d’état en état, subrepticement: il s’est lui-même doté d’un fonctionnement en réseaux...

L’islamisme radical, cela dit, s’il peut faire d’immenses dégâts, est destiné à être vaincu. S’il a pour lui le fanatisme, il n’a pas l’intelligence créatrice. Il utilise, mais n’invente pas.


Les totalitaires du futur
Les totalitaires du futur ne seront pas des gens qui tenteront de prendre le pouvoir dans un pays. Ils savent trop bien que le pouvoir politique a largement perdu de son importance, et qu’il leur serait impossible de prendre le pouvoir dans le seul pays où cela compterait vraiment, les États Unis d’Amérique. Non...

Les totalitaires du futur chercheront à détruire les pouvoirs adverses, économiques, politiques, intellectuels, techniques. Ils chercheront à détraquer, à démoraliser, à faire trembler, à pousser au suicide collectif.
Le terrorisme devenu hyper-terrorisme, donc terrorisme du massacre de masse ou du spectre du massacre de masse sera devenu leur arme principale. Pour parvenir à leur fin, ils infiltreront.

Ils créeront des réseaux où l’on pourra retrouver des gens connaissant aussi bien l’organisation en réseau que les concepteurs de networks hi-tech. Ils utiliseront le secret, le cryptage, comme des professionnels du secret et du cryptage.
Ils changeront de visage et pourront, jusqu’au jour choisi, vous ressembler, s’insérer dans votre entreprise, votre réseau, votre dispositif politique...

Ils seront “anti-mondialisation”, et, se regroupant grâce aux vertus du net et du téléphone-satellite, ils pourront considérer que leurs cibles principales sont les lieux où l’on parle d’ouvrir les frontière. Et ils utiliseront alors l’e mail pour y rassembler des groupes vociférants et destructeurs, comme on l’a vu déjà à Seattle, Gênes, ou Montréal...

Ils seront islamistes, surtout, car l’islamisme est devenu, dans les faits, le principal nœud de convergence des adeptes du ressentiment violent, voire très violent.

Ils ne seront pas islamistes seulement. Et en étudiant les discours, vous découvrirez d’étranges relations et des synergies plus étranges encore...

L’islamisme n’est pas seulement l’islam strict. C’est l’islam strict avec du marxisme et du tiers-mondisme...

Le marxisme et le tiers-mondisme en ces conditions, et par réciprocité, s’accommodent de l’islamisme...

Optimisme
Dans la vision optimiste des choses, l’américanisation du monde se poursuivra. Et les réseaux de l’américanisation continueront à se propager et à se déployer.

Les dirigeants des États Unis d’Amérique se montreront à la hauteur de leur tâche, et comprendront que c’est pour eux un impératif vital de maintenir à un niveau optimal de fonctionnement des services de renseignement à même de détecter les activités de réseaux adverses, et des forces militaires à même de détruire les réseaux avant qu’ils n’aient pu nuire.

Les dirigeants des États Unis d’Amérique seront, en ce cas, plutôt hamiltoniens au sens où ils vérifieront en et par leurs actes les thèses d’Alexander Hamilton, qui comprenait fort bien, dès la fin du dix-huitième siècle, ce que devait être le rôle des dirigeants politiques d’un pays libre en temps de crise. “Des dirigeants inefficaces suscitent une perte de vertu. Des dirigeants énergiques, eux, font renaître les espoirs des gens et donnent une nouvelle direction à leurs passions12 ”.

“Les hamiltoniens pensent que le monde a bien davantage à craindre de l’errance et du désordre que d’un excès de la puissance américaine, elle qui s’est vouée dans tous les cas à la cause de la démocratie, et non à celle de l’expansion territoriale”, écrivait voici peu David Brooks...

Les dirigeants des États Unis d’Amérique seront, en ce cas, réalistes aussi, au sens où, sans renoncer à leurs idéaux fondateurs, ils sauront préférer le moindre mal au mal absolu et accepter comme un fait triste, mais apparemment inéluctable, que des contrées entières de la planète resteront contrées sinistrées sans que cela soit de la responsabilité des contrées les plus prospères, et sans que les populations vivant en celles-ci y puissent vraiment quelque chose, si ce n’est divers actes d’extrême urgence.

Les dirigeants de l’Amérique comprendront que, comme le déclarait Calvin Coolidge, “the business of America is business”, “les affaires de l’Amérique, ce sont les affaires”, essentiellement. L’Amérique ne restera puissante et ne jouera pleinement son rôle, plus crucial encore dans les décennies à venir qu’il ne l’est aujourd’hui, que si elle reste une terre propice à l’esprit d’entreprise, aux investissements et au capital humain...

Dans la version optimiste des choses, networks et internetworks continueront à se déployer. Sans que quiconque adhère à l’angélisme de ceux qui pensaient encore voici peu que le droit et la démocratie régneraient incessamment sur toute la surface de la terre, et que bientôt le mal n’existera plus.

Dans la version optimiste des choses, le ressentiment et la haine existeront toujours, bien sûr, mais ils seront marginalisés, maintenus en lisière et hors d’état de nuire trop fortement...

L’innovation technologique fera que le terrorisme, qui se contente de parasiter et d’utiliser l’innovation, aura toujours une longueur de retard...

On apprendra à vivre face au chaos, face au risque, en continuant à savoir que la guerre n’est pas reléguée dans le révolu, mais a seulement changé de forme...

On apprendra à repenser la guerre et la défense.


Pessimisme

Dans la version pessimiste, l’Amérique doutera d’elle-même, oubliera les dangers, cédera aux discours venus de l’Europe décadente et aux paroles des compagnons de route de l’islamisme et autres agents de déstabilisation.

Le risque d’effondrement et de désastre sera, en ce cas, très grand. L’hyper-terrorisme et les moyens dont il peut désormais se doter feront que, lorsque les signes de l’effondrement et du désastre s’imprimeront ici ou là sur la surface de la terre, il sera peut-être trop tard...

Rien n’indique qu’un jour, nous ne serons pas plongé dans une situation où il sera peut-être trop tard...

“Il resterait”, écrivait Oliver North, “à faire le bilan de la présidence Clinton et à voir à quel point elle nous a rapproché du précipice13 ”... Clinton avait été informé des activités de Ben Laden. Il avait été confronté à des attentats. Il avait eu entre ses mains des documents. Il avait peu réagi et laissé les réseaux se tisser... Clinton a voulu les accords d’Oslo. Il a accepté la vente de technologies sensibles à la Chine... Les conséquences sont là aujourd’hui.

Dans la version pessimiste, le chaos ne serait pas circonscrit aux périphéries mais se propagerait partout et ferait régner la prédation...

Ce n’est pas impossible, non...

C’est même très possible. Après l’effondrement de l’empire romain d’Occident, l’Europe occidentale a été soumise à la violence, à la horde, au saccage. Il a fallu plusieurs siècles pour qu’un ordre stable revienne. Et encore à l’époque les conquérants victorieux avaient-ils respecté les monastères chrétiens qui avaient pu devenir les matrices d’un renouveau civilisationnel...

L’espèce humaine est porteuse du pire parce qu’elle est porteuse du meilleur. L’être humain est un animal qui peut penser et faire des outils. C’est un animal dont la pensée peut se trouver dévoyée ou subordonnée aux passions, et dont les outils peuvent être placés au service du dévoiement et des passions...

Corde raide. Il est des phases dans l’histoire où il faut savoir continuer à préserver l’équilibre en regardant droit devant soi. Un seul faux pas, et le précipice vient...

Jamais la créativité humaine n’a été aussi féconde. Jamais les dangers n’ont été si proches...

C’est sur la corde raide que tout se joue.

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